Cela fait déjà 18 jours que je suis de retour dans la métropole. Dur, dur est-il de revenir soudainement à la réalité, une réalité qui n’épargne aucun élément du quotidien en cette fin de février et ce début mars plutôt cruels.
Qu’il s’agisse du froid glacial, des accumulations décourageantes de neige, de pluie, puis de neige à nouveau, les bottes urbaines n’ont pas su résister : elles ont failli, accueillant désormais non plus du sable des plages espagnoles, mais de la neige qui finit par m’engourdir les pieds. Qu’il s’agisse de cette recherche d’emploi désespérée, malgré des entrevues régulières, se faire constamment rappeler que l’on manque d’expérience ne fait qu’alourdir le fardeau qu’est devenu le quotidien.
Être sans emploi, être étiquetée du jour au lendemain adulte et non étudiante, soit assumer soudainement le double des frais sur toutes ses dépenses, on se réfugie rapidement dans sa bulle pour éviter toutes blessures qui risqueraient d’aggraver la commotion. Les gens autour de soi ne comprennent pas, on a de la difficulté à être soutenue, à être consolée. Heureusement, on apprivoise la ville de nouveau, on la voit d’un autre œil, on assiste aux conférences gratuites des Rendez-vous du cinéma québécois, on s’évade dans le délire nocturne de la Nuit blanche, on écoute les nouvelles pièces de Malajube, on a hâte de voir l’expo de Christian Marclay, on court se réchauffer dans les cafés réconfortants de la métropole.
Puis, on revient chez soi, réalisant qu’on est beaucoup trop lente pour suivre le rythme de ce qui nous entoure. La vie tourne beaucoup trop vite. On se demande si on n’est pas devenu lunatique, on a souvent la tête dans les nuages, on rêve presque tous les soirs à l’Europe.
Enfin, un coup de fil : un poste pour un emploi étudiant. J’ai l’impression de revenir en arrière. J’ai dû ressortir le tailleur que j’avais fièrement ranger dans cette boîte munie d’un « X », symbole qui marquait une fin. Heureusement, pour équilibrer cette nouvelle routine, j’ai obtenu ce poste de rédactrice bénévole pour le volet scène musicale émergente.
Je suis partie à la conquête de l’Europe un peu perdue. Je suis revenue dans le même état d’esprit, peut-être plus équilibrée, moins stressée. Il est trop tôt pour réaliser ce que j’ai appris au cours des six derniers mois. Toutefois, je garde le sourire, prête à affronter cette nouvelle réalité, ce nouveau projet, toujours à l’aveuglette.
« Voyageur, il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant »
- Antonio Machado
Déjà la fin! Je me suis enfin retrouvée tout au sud de l’Espagne, soit à Cadiz. Une courte distance sépare cette ville de Sevilla. Malgré tout, les petits villages qui se trouvent entre les deux endroits font déjà paraître une image différente : on se rapproche du Maroc.
Arrivée à l’auberge, de la musique joue particulièrement fort, des gens au look « grano » jouent aux cartes. Je doute un instant à savoir si je vais vraiment me sentir confortable dans ce petit immeuble coloré, prêt à s’effondrer à n’importe quel moment. La réceptionniste me fait une courte visite. Elle appuie sur le fait qu’il est interdit de mettre le papier de toilette dans la toilette. De plus, l’utilisation de l’eau est très surveillée. On comment à s’insérer dans le mode de vie des villes touchées par la sécheresse…
Plus tard en soirée, tout l’auberge finit par se rassembler dans la pièce qui fait office à la fois de salon, de cuisine, de salle à manger et de réception. La musique a monté de quelques degrés, les voix aussi, le taux d’alcool de chacun encore plus. Ce fut une fête mémorable, là où j’ai rencontré des gens géniaux, vécu des instants mémorables, dansé sur des airs cocasses, vibré sur les classique; l’endroit parfait pour boucler le fameux trip.
Lors de mes journées, j’avais de l’énergie que pour me prélasser sur la plage. Une fois de plus, le soleil était au rendez-vous, sans les nuages, avec une température frôlant souvent les 30 degrés. J’y passais des heures à regarder le néant et à me demander ce que ce voyage m’avait appris au cours des six derniers mois. Mais il était trop tôt pour arriver à une quelconque conclusion. Le questionnement était d’autant plus déprimant. J’ai préféré saisir mes derniers instants de fugue.
Puis ce fut une petite balade dans cette ville dont l’architecture se veut on ne peu plus marocaine qu’espagnole, à regarder les gens se préparer pour le très couru Carnaval (comparable à celui de Rio, dit-on). Le calme avant la tempête. Mauvais timing en ce qui concerne ma visite à Cadiz.
Puis, je me suis soudainement rendu compte que je devais faire un autre voyage, une autre destination, un endroit inconnu qui saurait me dépayser totalement, quelques jours à peine avant mon retour. J’avais surveillé mon budget à un point tel que je pouvais me le permettre. Rien de très grandiose, mais tout de même. Pourquoi pas l’Afrique?! Elle est si près. Non. Trop cher.
Je me suis finalement rendue à Tarifa, une petite municipalité sur la pointe tout au sud de l’Espagne, à 25 minutes du Maroc. Pendant une journée, j’ai marché seule dans cette ville presque déserte, écouté le contact écho de mes bottes avec le sol. Je me suis sentie complètement coupée du reste du monde dans ce décor qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir jusqu’à maintenant : de petites résidences inspirées de son voisin du sud, à la fois colorées et délabrées, bordées par une plage magnifique. Il a beaucoup venté. Je me suis laissé porter.
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Après le splendide trajet d’autobus qui séparait Barcelone de Madrid, j’étais plutôt enjouée à l’idée de parcourir les 6-7 heures qui se trouvaient entre la capitale espagnole et Sevilla. Il est toujours très excitant d’entrevoir de nouveaux paysages. Même si je me dirigeais plus au sud, la nature se révélait moins déserte qu’il avait été le cas dans mon premier voyage. Les étendues manifestement vertes donnaient malheureusement un effet de déjà vu; le dépaysement s’est révélé plutôt faible.
Sélectionner une ville à l’instar de d’autres et un choix particulièrement délicat dans un pays vaste et magnifique comme l’Espagne. Mon hésitation se partageait entre Granada et Sevilla. Étant donné que la plupart des gens que j’avais croisés jusqu’à présent lors de voyage s’étaient arrêtés à Granada et non à Sevilla, j’ai décidé d’opter pour l’endroit moins touristique. Toutefois, au moment de mon bref séjour à Madrid en compagnie du couple espano-québécois, l’amie m’a vivement parlé de Granada comme étant une ville complètement éclatée, très artistique, amalgamant à la fois la culture espagnole ainsi que la culture marocaine. Disons que son témoignage rempli d’émerveillements me faisait un petit pincement au cœur quant à ma décision finale.
Enfin, je n’ai vraiment pas regretté mon choix, même si je sais que j’aurais aussi grandement apprécié Granada. Au cours de mes trois jours à Sevilla, il a fait très beau et surtout chaud (20-25 degrés). Il était simplement agréable de se balader dans les parcs et les rues de la ville. À ma grande joie, Sevilla possède un cachet architectural classique espagnole. Il va sans dire que l’endroit est beaucoup plus charmant que Barcelone et Madrid.
C’est aussi à Sevilla que j’ai vraiment abusé de la fameuse siesta. Grâce au temps doux et ensoleillé, j’ai passé des heures à me prélasser sur le bord du canal Alfonso XIII. Je ne pouvais trouver une plus grande quiétude.
Mais trois jours c’est vite passé. Le temps de faire un dernier petit tour dans les ruelles qui nous ont le plus charmé, les yeux dans l’eau, réalisant soudainement que l’aventure est presque terminée.
Lu dans une chronique de Marc Mercier sur l’art vidéo :
« Il serait vain d’avoir la passion de la liberté sans vivre la liberté des passions »
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Une longue distance sépare Barcelone de Madrid. Budget oblige, le moyen de transport fut l’autobus. Le découragement m’envahissait à l’idée de ces huit heures de route : même distance que Montréal-Amos. Pas le même paysage toutefois! Et que de merveilles ce fut finalement ces heures d’autobus. Un enchaînement de richesses naturelles désertiques se défilait constamment au travers de ma fenêtre. C’est à cet instant que j’ai vraiment goûté et senti l’Espagne. C’est à cet instant également que je me suis dit que je me devais de revenir pour visiter davantage les petits villages et découvrir les paysages uniques de ce pays si séduisant, mais cette fois-ci, en voiture.
Malheureusement, Madrid est une capitale qui n’est pas à l’image du pays qu’elle dirige. Il s’agit d’une ville industrielle où les gens ne sont pas courtois et où il est difficile d’être séduit par ses quartiers.
Première aventure : les musées. J’ai eu de la chance puisque le dimanche, l’entrée est gratuite. Étant donné la journée magnifique, c’est avec un pincement au cœur que je me suis réfugiée dans le Centro de Arte Reina Sofia et puis dans le fameux Museo del Prado. Je n’ai jamais fait de visites aussi rapides. Objectif du premier musée : Guernica de Picasso. Objectif du second : l’impressionnante collection de Goya (dont le bouleversant Sature dévorant un de ses enfants) ainsi que Les Ménines de Vélasquez. Des contemplations à la fois brèves et saisissantes.
Deuxième aventure : la venue grandement appréciée du couple espano-québécois. Un état d’esprit zen planait au-dessus de nous lors de nos balades improvisées un peu partout dans l’immense capitale, à la conquête de quartiers typiquement espagnoles, de tapas abordables et d’une soirée jam underground unique. Les trois furent un échec. C’est ainsi que, la journée suivante, nous avons opté pour le classique européen, soit trinquer du vin cheap et manger du pain avec du fromage dans un parc tout l’après-midi. Enfin, sur le chemin du retour, nous avons su trouver réconfort dans un magasin de vinyles possédant une collection impressionnante, un de ces endroits où l’on glisse nos doigts entre des pièces qui nous font chaud au cœur et qui dessinent inévitablement un sourire sur nos lèvres.
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Après l’humidité glaciale de Paris, Londres et enfin l’Irlande, disons que j’avais hâte de mettre les pieds, plus au chaud, en Espagne. Premier arrêt : Barcelone, là on est séduit par ces différents sites touristiques, sa plage et ses soirées endiablées qui durent jusqu’à 6 heures du matin. Malheureusement, je n’ai pas pu vivre l’esprit de fête, budget restreint oblige.
Heureusement, il a fait beau. Avant de quitter le sol irlandais, on annonçait de la pluie durant tout mon séjour. Finalement, il a fait beau, et surtout chaud. C’est donc avec le sourire aux lèvres et d’un pas léger que j’ai parcouru les rues de Barcelone à la conquête de l’éclaté Parc Güell, de la magnifique montage Montjuïc, du très boiteux Parc de la Ciutadella de l’apaisante Barceloneta, du surprenant Parc olympique et du coloré Mercat Boqueria.
Barcelone est une ville magnifique. Ce qui la trahi par contre, c’est l’importante densité touristique, laquelle enlève le cachet rustique pour finalement en faire une ville commerciale. Malgré tout, ce qui charme en se baladant dans les grandes avenues, c’est la touche artistique de Gaudi sur l’architecture catalane. Et si on réussit à se perdre dans les petites ruelles, on finit par sentir la culture traditionnelle espagnole, à la fois simpliste, délabrée et colorée.
Je suis désormais gourmande de l’Espagne. Que de hâte me ronge en pensant aux destinations à venir, quelques arrêts exotiques avant de rejoindre le froid cruel québécois.
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Quoi de mieux pour trouver réconfort qu’auprès de sa famille. Après avoir vécu Londres dans l’amertume, voire avec un petit haut-le-cœur, je me suis envolée à Belfast, en Irlande du nord, chez ma cousine abitibienne.
Le temps de déposer ma valise dans son appartement, nous étions déjà dans un (vrai!) pub irlandais, Guinness en fût à la main. Et je vous confirme le mythe : une Guinness en Irlande n’a vraiment pas le même goût qu’au Québec, ou dans quelconque autre pays sur cette terre. Impossible de trouver les adjectifs convenables pour vous décrire cette sensation unique sur les papilles gustatives. Vous devez vous y rendre pour comprendre.
Non seulement la Guinness possède un goût comme nulle part ailleurs, mais l’énergie qui règne dans les pubs est tout simplement vibrante : musique traditionnelle improvisée, Irlandais bruyants, décor rustique, bière excellente. Le paradis pour les amoureux de la culture bavaroise.
Mais l’Irlande n’est pas seulement synonyme de fête, particulièrement en ce qui concerne l’Irlande du nord. Pour ceux qui connaissent le moindrement l’histoire de ce pays, une guerre des religions perdure entre les deux parties d’un territoire encore divisé. À Berlin, une tension règne constamment dans cette ville où jadis, des faits historiques ont cicatrisé la capitale allemande. À Belfast, un mur existe. Ironiquement, il se nomme le Peace Line. S’étendant sur un peu plus de 4 km avec une hauteur d’environ 6 mètres, il sépare les protestants des catholiques. En se baladant discrètement dans le camp protestant, on remarque plusieurs murs recouverts de graffitis prônant le parti avec la fameuse main rouge et des armes à feu qui donnent froid dans le dos. Et ce frisson parcourt régulièrement nos arrières alors qu’on tente de se faire discret dans ces quartiers plutôt délabrés. Une visite à la fois troublante et mémorable.
Deuxième périple irlandais : Dublin. Située à trois heures de Belfast, la capitale valait le détour… jusqu’au moment où on y met les pieds. Ce que l’on risque de qualifier comme étant la référence traditionnelle irlandaise par excellence n’est plus qu’une grande ville majoritairement habitée par des immigrants, des touristes, des Irlandais complètement bourrés à 20h, une ville dépourvue de cachet architectural et des pubs commerciaux qui servent une pinte à 6 euros (10$ CAD). Une journée, c’était bien assez.
Enfin, le retour à Belfast fut bien apprécié, bien qu’il ait été bref; le temps de faire une dernière petite visite guidée, de se concocter un bon repas végé, de faire ses au revoir à la cousine qui est parvenue à me redonner le moral, pour finalement se rendre à l’aéroport, là où on fait la rencontre d’Irlandaises qui ont un sérieux problème de rage émotive.







